Nous voila arrives a Pekin : quelle ville agreable apres l'Inde !
Trottoirs (quelle joie de pouvoir se ballader sans riquer a chaque seconde de se faire ecraser, ou juste de se faire klaxonner pour degager le passage), rues immaculees, des feux rouges et des
panneaux de signalisation, des passages pour pietons !, presque pas de klaxons, pas d' auto-rickshaws overpolluants, des gens sympas et serviables mais qui ne nous regardent pas comme des betes
curieuses, et des gens qui se tiennent par la main dans la rue et des nanas en mini mini jupes...quel bonheur !!!
Il y a meme des toilettes publiques tous les 100 metres. Pas toujours nickel mais toujours plus propres que des toilettes indiennes, et pour l'instant avec des portes. Meme si je vous l'avoue
j'en ai bien vu une sans porte et une chinoise que ca ne genait pas, alors meme quelle avait l'air en proie a quelque problemes intestinaux...
Et notre chambre d'hotel dans une AJ au meme prix qu'une chambre moyenne en Inde est un festival de proprete et de services : menage tous les matins, nouveau rouleau de papier toilettes tous les
jours (c'est deja un miracle d'en avoir un), petits chaussons propres tous les jours, c'est la fete !
La vitrine de la Chine est une ville tres agreable, tres propre et pleine de parcs...quel repos apres l'Inde !
On trouve meme des squares remplis d'agres sur lesquels le peuple chinois peut se muscler et se masser. Et des tables de ping pong bien-sur. Un des avantages du regime communiste.
En contrepartie bien sur, on n'a pas la meme version des infos que vous quand on regarde les infos...notamment sur le Tibet, ou les reportages que j'ai vus montrent les travailleurs chinois venus
reparer les degats causes par les emeutiers, les tristes familles des soldats ou civils morts a cause des emeutiers...mais rien sur les raisons des emeutes ou les morts parmi ceux-ci.
Mais si on ne sait pas ce qui passe, j'avoue qu'on ne voie rien du tout. La ville est super agreable, les visages des gens dans la rue gais, on ne voie pas de pauvrete...et meme si j'ai lu dans
le routard que la ville est hyper polluee, que 265 jours par an elle est recouverte d'un smog de pollution et que les magazines gratuits pour expatries traitent des risques a vivre plusieurs
annees dans une ville extremement polluee comme Pekin, pour nous apres l'Inde on a l'impression de respirer le grand air de la montagne !
C'est la premiere capitale depuis le debut de notre voyage ou il me semble que je pourrais vivre.
Bien sur ce ne sera pas pareil partout en Chine, Pekin est la capitale et fait d'autant plus l'objet d'attention qu'elle est la vitrine de la Chine via les JO, mais pour l'instant on en
profite...
Quant a la communication, ma foi pour l'instant on arrive a peu pres a se comprendre avec les chinois. Ils parlent tres peu anglais, mais entre leurs quelques mots, notre baragouinage en chinois
et les signes, on s'en sort. Mais encore une fois, pour l'instant !
Mais je crois qu'on va prendre un ou deux cours de conversation, car il faut encore qu'on apprenne quelques phrases types et qu'on ameliore notre prononciation.
Effectivement le chinois est tres pointu sur la prononciation, et si parfois ils comprennent tout de suite notre phrase, d'autres fois ils nous font repeter 15 fois un mot sans le
comprendre...tout ca parce qu'on a dit "bonjour" au lieu de "bonjouour" !
Quant aux cartes des restaurants, ce n'est pas une legende on y trouve de tout : des pattes de poulet, des reins de cochons, des tendons de boeuf, des tripes, des tetes de poissons, du requin, et
bien sur du chien !
Jerome va se lancer, mais moi je crois que je ne vais pas tenter...j'aurais trop l'impression de manger mon chien !
Ecrivant cet article depuis la Chine, je n'ai plus mon Lonely Inde et ne peux donc pas precisement vous expliquer ce
qu'est Holi.
En gros c'est un jour de fete, qui a lieu tous les ans et qui celebre l'arrivee du printemps...ou des moissons, ou un truc du genre. En tous cas c'est hindou.
Cette annee c'etait le 22 mars, mais ca commence en fait deja la veille.
Et comment ca se manifeste ?
D'une maniere tres gaie et tres coloree: en aspergeant tout le monde de couleurs !
Soit sous forme de pigments de couleurs en poudre, soit en melangeant ces pigments avec de l'eau et en utilisant des pistolets a eau ou assimiles.
Plus d'une semaine a l'avance, on voit dans chaque ville du pays, des petits stands vendant des doses de pigments - rose petant, vert, jaune, rouge, bleu - et les pistolets. C'est joli, ca
rajoute encore de la couleur dans ces paysages indiens deja si colores.
Puis la veille, la fete commence deja de maniere anticipee et les enfants aspergent ou etalent consciencieusement les pigments sur des adultes consentants.
Mais ca nous on ne le savait pas, que ca commencait a l'avance...on n'avait donc pas du tout prevu notre coup. Et plus drole encore que de "colorer" un indien, qu'y-a-t-il ? Asperger les
touristes voyons ! Nous voila donc dans un velo rickshaw qui nous amene du bus jusqu'a la gare quand une bande de gamins se jettent, et il faut le dire, s'acharnent sur nous. Nous voila donc
joliment colores pour prendre le train.
D'autant plus que les coquins ont fait des melanges aux niveaux de concentration en pigments tres eleves.
Heureusement il y a une douche a la gare. Il faut quand meme frotter et relaver 4 ou 5 fois un meme endroit pour enlever les pigments sur notre peau. Mes cheveux, que j'ai egalement laves
immediatement, et relaves 5 fois le lendemain, sont toujours bleus 2 semaines apres...Mais ca s'estompe, d'apres Jeronimo, donc je ne desespere pas de retrouver ma couleur naturelle, que je
considere quand meme plus seyante !
Quant a nos fringues, elles sont irrecuperables. On les fera finalement teinter, en noir, car elles sont tellement chargees de toutes les couleurs que seul le noir peut toutes les recouvrir.
Ca c'est pour le premier jour, alors que la fete n'est pas encore commencee.
Le lendemain, c'est bataille rangee dans les rues toute la matinee.
C'est tres clair, les magasins sont fermes, les rues sont vides de vehicules. Les rues sont egalement vides de femmes car il semblerait qu'une femme dans la rue a ce moment-la s'expose a des
problemes...je ne sais pas exactement lesquels mais j'en conclus : que les hommes s'acharnent sur elle avec les couleurs, et que ce soit l'occasion d 'attouchements etc.
Les femmes restent donc a la maison et s'y amusent entre elles.
Ne sortent que ceux qui sont prets a se battre...et nous, qui sortons du train et devons aller a notre hotel.
On trouve un des seuls auto-rickshaws de la ville qui roule aujourd'hui...meme si le conducteur et son accolyte se sont a mon avis fait un bang lassi (le lassi est une boisson indienne a base de
yaourt liquide. Dans certaines villes indiennes sacrees ou certains jours de fete, on boit du bang lassi, un lassi au haschich)...
Jeronimo a rempli 2 bouteilles d'eau dans le train, et on s'arrete en route pour acheter des pigments a melanger, histoire de pouvoir quand meme un peu se defendre. Et c'est parti !
Heureusement aujourd'hui on est en auto-rickshaw et on fait des cibles quand meme moins faciles qu'en velo-rickshaw hier, en plus le chauffeur fait des detours expres pour eviter les rues les
plus "risquees"...
Bien evidemment on n'echappe pas a quelques couleurs, mais ici les doses de pigments dans l'eau sont raisonnables, et j'ai prevu mon coup : j'ai mis ma shower cap (ma charlotte de bain) !
Dans la rue ? Oui messieurs dames, mais je n'ai pas honte, c'est toujours mieux que les cheveux bleus !
Nous arrivons donc a notre hotel colores, mais raisonnablement...
Notre chambre a un petit balcon qui donne sur la rue, et on s'y installe pour assister au defile des mecs qui vont se rincer au ghat voisin.
Il est 13h, c'est la fin des batailles de couleurs dans la rue.
Tout le monde rentre chez soi, se lave, se change pour un dejeuner familial, puis l'apres-midi on va au temple. Les couleurs sont toujours de mise, mais cette fois c'est juste des pigments
sur le front...
Le lendemain la ville est encore coloree : on voit des pigments asperges sur les murs, le sol, des animaux multicolores (meme les vaches en ont pris pour leur grade !), et de vieux
indiens aux cheveux blancs devenus roses ou verts. Ouf je ne suis pas la seule !
Apres verification, il parait qu'au bout de 2-3 jours, ou 2-3 lavages, selon les sources, ca disparait.
Ca fait 2 semaines !
Mais c'est vrai, ca s'estompe : ca devient vert !
Une vraie symphonie cacophonique (ca vous semble antinomique, paradoxal ? Mais
oui, comme l'Inde !) de couleurs, d'odeurs, de saveurs, de bruits...jusqu'a saturation des sens.
Plus une ferveur religieuse hyper voyante, et des principes et une maniere de penser pas toujours evidents a apprehender.
L'Inde c'est deja costaud...mais alors un concentre d'Inde, je vous dis pas !
Et ce concentre d'Inde, c'est Varanasi (ou Benares pour ceux qui la connaissent sous son ancien nom).
On se fait donc un dernier shoot d'Inde avant de la quitter. Je dis "shoot" tout a fait a dessein, car Varanasi peut vous emmener tres "high", tout comme elle peut aussi vous sembler etre un
sacre "bad trip"...
Heureusement c'est ce qu'on a garde pour la fin de notre voyage...parce qu'en faisant ca au debut y a moyen de craquer, et de detester l'Inde !
Des petites ruelles hyper etroites pleines d'ordures, de bouses de vaches, ou hommes, chiens, vaches, velos et motos tentent de circuler, ou empechent les autres d'y arriver...mais qui sont
malgre tout pleines de charme.
Des ghats, ces grands escaliers, qui se jettent dans le Ganges et ou la vie et la mort cohabitent...ainsi que la purete et l'impurete.
La purete, parce que tous les jours des milliers de gens viennent se laver ou se purifier dans le Ganges.
Les hommes en slip ou string traditionnel, les femmes en saris toujours, decence oblige !
Certains ne font que se laver, avec le savon et tout et tout (il y en a meme qui se lavent les dents, beurk !), d'autres lavent leur linge, et d'autres obeissent a un rituel hindou. En effet, le Ganges tient une place tres particuliere dans la religion hindoue : c'est un fleuve sacre, son eau est pure, et il existe 4 manieres de lui rendre hommage : le regarder, le toucher, s'y baigner, et boire son eau.
Les pelerins prient donc dans le fleuve, s'immergent integralement 3 fois de suite et boivent son eau.
Certains viennent meme avec leur gourde en metal ou une bouteille d'eau vide et emportent 1 litre avec eux...
Un ancien maharadjah de Varanasi, qui avait du partir en voyage a Londres, avait fait emmener avec lui 2 enormes jarres de plus de 100 litres chacune pour avoir son stock d'eau sacree avec lui...
L'impurete, parce que les egouts de la ville se jettent dedans, et qu'on y trouve donc notamment une quantite incroyable de bacteries fecales (ceci dit ca s'ameliore : entre 45 000 et 90 000 bacteries fecales pour 100ml d'eau, seulement, quand dans les annees 70, les excrements flottaient carrement sous le nez des baigneurs !)que les rives sont a certains endroits couvertes d'ordures, et que les corps des animaux et gens morts sont jettes dedans : certains incineres, d'autres pas. Sans compter toute la pollution qui vient de l'amont...
Mais les pelerins transcendent cette salete par leur ferveur. Le Ganges est donc a la fois pur et impur (rassurez-vous, pour moi il est juste impur et je n'ai pas trempe un seul millionieme de millimetre de mon corps dedans !).
En se baladant le long des ghats le matin, a pied ou en bateau, on assiste donc a des scenes de vie hyper colorees...
Qui cohabitent avec des scenes de mort.
Pour l'hindou la mort fait partie de la vie et n'est pas du tout tabou. 2 ghats sont dedies a la cremation des morts. Ils sont en pleine ville, au milieu de tous ces autres ghats ou les gens vont se baigner...
Et tout le monde peut aller assister a ce que certains trouvent etre un rituel fascinant quand d'autres y voient un spectacle choquant et repugnant...
Varanasi est une des villes les plus saintes d'Inde, les gens qui auront la chance d'y voir leurs restes jettes dans le Ganges sont assures de sortir du cycle des reincarnations. C'est donc le but ultime de beaucoup de gens, et certaines personnes marchent 3 ans pour arriver a Varanasi et y mourrir. Il y a d'ailleurs sur ces fameux ghats de cremation des immeubles reserves aux gens venus y attendre la mort...j'ai pas ete les visiter mais de dehors ca avait pas l'air folichon...a mon avis une fois qu'on y est la mort arrive de maniere acceleree !
Une fois morts, ceux qui ont suffisamment d'argent pour acheter le bois necessaire (entre 60 et 80 euros) subissent une cremation. Le corps, place sur une civiere en bois et recouvert d'un tissu de couleur, est d'abord transporte jusqu'au bord du Ganges, partiellement immerge et asperge d'eau. Puis apres quelques minutes d'attente (certainement pour faire secher le corps), on enleve civiere et tissu d'apparat et on transporte le corps sur un bucher, et on le recouvre de bois. La famille est la, enfin juste les hommes. On ne voit pas de larmes ou de tristesse sur leurs visages. Ce n'est pas un evenement gai, mais ce n'est pas non plus triste. C'est juste une etape de plus...Puis c'est le fils aine du defunt qui allume le feu, et la famille attend calemement la fin de la cremation.
Ce n'est pas un spectacle anodin pour nous occidentaux : on distingue parfaitement les membres, on en voit parfois meme qui depassent du bucher et les intouchables qui gerent le bucher venir les repositionner pour qu'ils brulent mieux, et quand on est dans le sens du vent on sent l'odeur, et on respire la fumee, des corps brules...
A la fin les cendres sont disperses dans le fleuve, et un pretre vient chercher avec un crochet les bouts pas completement brules pour les jetter dans l'eau.
Drole de spectacle...j'y ai assiste avec beaucoup de distance. Je voyais ces corps bruler devant moi et je me disais que je devrais me sentir voyeuse, mais non. En meme temps eux regardent ca avec un tel naturel...
Les corps de ceux qui sont trop pauvres pour payer une cremation et de certaines categories speciales de personnes comme les enfants, les femmes enceintes et les sadhous (des gens qui abandonnent tout pour vivre leur foi et vivre dans le denuement le plus complet. Certains se balladent meme nus, d'autres se couvrent le corps de cendres...), sont jettes directement dans le fleuve...
Du coup on ne peut s'empecher lors de l'incontournable ballade en bateau de guetter et d'analyser chaque objet flottant qui brouille la surface de l'eau...
Et on sent egalement un besoin incompressible de se doucher et de se recurer a fond quand on rentre du spectacle des ghats de cremation...toute cette fumee sur notre peau, nos cheveux, dans nos narines...
Voila donc le spectacle fascinant-repugnant, attirant-repoussant qu'offre la ville de Varanasi, a la fois grouillante de vie et de salete, theatre de la spiritualite et de la mort...





