Ecrivant cet article depuis la Chine, je n'ai plus mon Lonely Inde et ne peux donc pas precisement vous expliquer ce
qu'est Holi.
En gros c'est un jour de fete, qui a lieu tous les ans et qui celebre l'arrivee du printemps...ou des moissons, ou un truc du genre. En tous cas c'est hindou.
Cette annee c'etait le 22 mars, mais ca commence en fait deja la veille.
Et comment ca se manifeste ?
D'une maniere tres gaie et tres coloree: en aspergeant tout le monde de couleurs !
Soit sous forme de pigments de couleurs en poudre, soit en melangeant ces pigments avec de l'eau et en utilisant des pistolets a eau ou assimiles.
Plus d'une semaine a l'avance, on voit dans chaque ville du pays, des petits stands vendant des doses de pigments - rose petant, vert, jaune, rouge, bleu - et les pistolets. C'est joli, ca
rajoute encore de la couleur dans ces paysages indiens deja si colores.
Puis la veille, la fete commence deja de maniere anticipee et les enfants aspergent ou etalent consciencieusement les pigments sur des adultes consentants.
Mais ca nous on ne le savait pas, que ca commencait a l'avance...on n'avait donc pas du tout prevu notre coup. Et plus drole encore que de "colorer" un indien, qu'y-a-t-il ? Asperger les
touristes voyons ! Nous voila donc dans un velo rickshaw qui nous amene du bus jusqu'a la gare quand une bande de gamins se jettent, et il faut le dire, s'acharnent sur nous. Nous voila donc
joliment colores pour prendre le train.
D'autant plus que les coquins ont fait des melanges aux niveaux de concentration en pigments tres eleves.
Heureusement il y a une douche a la gare. Il faut quand meme frotter et relaver 4 ou 5 fois un meme endroit pour enlever les pigments sur notre peau. Mes cheveux, que j'ai egalement laves
immediatement, et relaves 5 fois le lendemain, sont toujours bleus 2 semaines apres...Mais ca s'estompe, d'apres Jeronimo, donc je ne desespere pas de retrouver ma couleur naturelle, que je
considere quand meme plus seyante !
Quant a nos fringues, elles sont irrecuperables. On les fera finalement teinter, en noir, car elles sont tellement chargees de toutes les couleurs que seul le noir peut toutes les recouvrir.
Ca c'est pour le premier jour, alors que la fete n'est pas encore commencee.
Le lendemain, c'est bataille rangee dans les rues toute la matinee.
C'est tres clair, les magasins sont fermes, les rues sont vides de vehicules. Les rues sont egalement vides de femmes car il semblerait qu'une femme dans la rue a ce moment-la s'expose a des
problemes...je ne sais pas exactement lesquels mais j'en conclus : que les hommes s'acharnent sur elle avec les couleurs, et que ce soit l'occasion d 'attouchements etc.
Les femmes restent donc a la maison et s'y amusent entre elles.
Ne sortent que ceux qui sont prets a se battre...et nous, qui sortons du train et devons aller a notre hotel.
On trouve un des seuls auto-rickshaws de la ville qui roule aujourd'hui...meme si le conducteur et son accolyte se sont a mon avis fait un bang lassi (le lassi est une boisson indienne a base de
yaourt liquide. Dans certaines villes indiennes sacrees ou certains jours de fete, on boit du bang lassi, un lassi au haschich)...
Jeronimo a rempli 2 bouteilles d'eau dans le train, et on s'arrete en route pour acheter des pigments a melanger, histoire de pouvoir quand meme un peu se defendre. Et c'est parti !
Heureusement aujourd'hui on est en auto-rickshaw et on fait des cibles quand meme moins faciles qu'en velo-rickshaw hier, en plus le chauffeur fait des detours expres pour eviter les rues les
plus "risquees"...
Bien evidemment on n'echappe pas a quelques couleurs, mais ici les doses de pigments dans l'eau sont raisonnables, et j'ai prevu mon coup : j'ai mis ma shower cap (ma charlotte de bain) !
Dans la rue ? Oui messieurs dames, mais je n'ai pas honte, c'est toujours mieux que les cheveux bleus !
Nous arrivons donc a notre hotel colores, mais raisonnablement...
Notre chambre a un petit balcon qui donne sur la rue, et on s'y installe pour assister au defile des mecs qui vont se rincer au ghat voisin.
Il est 13h, c'est la fin des batailles de couleurs dans la rue.
Tout le monde rentre chez soi, se lave, se change pour un dejeuner familial, puis l'apres-midi on va au temple. Les couleurs sont toujours de mise, mais cette fois c'est juste des pigments
sur le front...
Le lendemain la ville est encore coloree : on voit des pigments asperges sur les murs, le sol, des animaux multicolores (meme les vaches en ont pris pour leur grade !), et de vieux
indiens aux cheveux blancs devenus roses ou verts. Ouf je ne suis pas la seule !
Apres verification, il parait qu'au bout de 2-3 jours, ou 2-3 lavages, selon les sources, ca disparait.
Ca fait 2 semaines !
Mais c'est vrai, ca s'estompe : ca devient vert !
Une vraie symphonie cacophonique (ca vous semble antinomique, paradoxal ? Mais
oui, comme l'Inde !) de couleurs, d'odeurs, de saveurs, de bruits...jusqu'a saturation des sens.
Plus une ferveur religieuse hyper voyante, et des principes et une maniere de penser pas toujours evidents a apprehender.
L'Inde c'est deja costaud...mais alors un concentre d'Inde, je vous dis pas !
Et ce concentre d'Inde, c'est Varanasi (ou Benares pour ceux qui la connaissent sous son ancien nom).
On se fait donc un dernier shoot d'Inde avant de la quitter. Je dis "shoot" tout a fait a dessein, car Varanasi peut vous emmener tres "high", tout comme elle peut aussi vous sembler etre un
sacre "bad trip"...
Heureusement c'est ce qu'on a garde pour la fin de notre voyage...parce qu'en faisant ca au debut y a moyen de craquer, et de detester l'Inde !
Des petites ruelles hyper etroites pleines d'ordures, de bouses de vaches, ou hommes, chiens, vaches, velos et motos tentent de circuler, ou empechent les autres d'y arriver...mais qui sont
malgre tout pleines de charme.
Des ghats, ces grands escaliers, qui se jettent dans le Ganges et ou la vie et la mort cohabitent...ainsi que la purete et l'impurete.
La purete, parce que tous les jours des milliers de gens viennent se laver ou se purifier dans le Ganges.
Les hommes en slip ou string traditionnel, les femmes en saris toujours, decence oblige !
Certains ne font que se laver, avec le savon et tout et tout (il y en a meme qui se lavent les dents, beurk !), d'autres lavent leur linge, et d'autres obeissent a un rituel hindou. En effet, le Ganges tient une place tres particuliere dans la religion hindoue : c'est un fleuve sacre, son eau est pure, et il existe 4 manieres de lui rendre hommage : le regarder, le toucher, s'y baigner, et boire son eau.
Les pelerins prient donc dans le fleuve, s'immergent integralement 3 fois de suite et boivent son eau.
Certains viennent meme avec leur gourde en metal ou une bouteille d'eau vide et emportent 1 litre avec eux...
Un ancien maharadjah de Varanasi, qui avait du partir en voyage a Londres, avait fait emmener avec lui 2 enormes jarres de plus de 100 litres chacune pour avoir son stock d'eau sacree avec lui...
L'impurete, parce que les egouts de la ville se jettent dedans, et qu'on y trouve donc notamment une quantite incroyable de bacteries fecales (ceci dit ca s'ameliore : entre 45 000 et 90 000 bacteries fecales pour 100ml d'eau, seulement, quand dans les annees 70, les excrements flottaient carrement sous le nez des baigneurs !)que les rives sont a certains endroits couvertes d'ordures, et que les corps des animaux et gens morts sont jettes dedans : certains incineres, d'autres pas. Sans compter toute la pollution qui vient de l'amont...
Mais les pelerins transcendent cette salete par leur ferveur. Le Ganges est donc a la fois pur et impur (rassurez-vous, pour moi il est juste impur et je n'ai pas trempe un seul millionieme de millimetre de mon corps dedans !).
En se baladant le long des ghats le matin, a pied ou en bateau, on assiste donc a des scenes de vie hyper colorees...
Qui cohabitent avec des scenes de mort.
Pour l'hindou la mort fait partie de la vie et n'est pas du tout tabou. 2 ghats sont dedies a la cremation des morts. Ils sont en pleine ville, au milieu de tous ces autres ghats ou les gens vont se baigner...
Et tout le monde peut aller assister a ce que certains trouvent etre un rituel fascinant quand d'autres y voient un spectacle choquant et repugnant...
Varanasi est une des villes les plus saintes d'Inde, les gens qui auront la chance d'y voir leurs restes jettes dans le Ganges sont assures de sortir du cycle des reincarnations. C'est donc le but ultime de beaucoup de gens, et certaines personnes marchent 3 ans pour arriver a Varanasi et y mourrir. Il y a d'ailleurs sur ces fameux ghats de cremation des immeubles reserves aux gens venus y attendre la mort...j'ai pas ete les visiter mais de dehors ca avait pas l'air folichon...a mon avis une fois qu'on y est la mort arrive de maniere acceleree !
Une fois morts, ceux qui ont suffisamment d'argent pour acheter le bois necessaire (entre 60 et 80 euros) subissent une cremation. Le corps, place sur une civiere en bois et recouvert d'un tissu de couleur, est d'abord transporte jusqu'au bord du Ganges, partiellement immerge et asperge d'eau. Puis apres quelques minutes d'attente (certainement pour faire secher le corps), on enleve civiere et tissu d'apparat et on transporte le corps sur un bucher, et on le recouvre de bois. La famille est la, enfin juste les hommes. On ne voit pas de larmes ou de tristesse sur leurs visages. Ce n'est pas un evenement gai, mais ce n'est pas non plus triste. C'est juste une etape de plus...Puis c'est le fils aine du defunt qui allume le feu, et la famille attend calemement la fin de la cremation.
Ce n'est pas un spectacle anodin pour nous occidentaux : on distingue parfaitement les membres, on en voit parfois meme qui depassent du bucher et les intouchables qui gerent le bucher venir les repositionner pour qu'ils brulent mieux, et quand on est dans le sens du vent on sent l'odeur, et on respire la fumee, des corps brules...
A la fin les cendres sont disperses dans le fleuve, et un pretre vient chercher avec un crochet les bouts pas completement brules pour les jetter dans l'eau.
Drole de spectacle...j'y ai assiste avec beaucoup de distance. Je voyais ces corps bruler devant moi et je me disais que je devrais me sentir voyeuse, mais non. En meme temps eux regardent ca avec un tel naturel...
Les corps de ceux qui sont trop pauvres pour payer une cremation et de certaines categories speciales de personnes comme les enfants, les femmes enceintes et les sadhous (des gens qui abandonnent tout pour vivre leur foi et vivre dans le denuement le plus complet. Certains se balladent meme nus, d'autres se couvrent le corps de cendres...), sont jettes directement dans le fleuve...
Du coup on ne peut s'empecher lors de l'incontournable ballade en bateau de guetter et d'analyser chaque objet flottant qui brouille la surface de l'eau...
Et on sent egalement un besoin incompressible de se doucher et de se recurer a fond quand on rentre du spectacle des ghats de cremation...toute cette fumee sur notre peau, nos cheveux, dans nos narines...
Voila donc le spectacle fascinant-repugnant, attirant-repoussant qu'offre la ville de Varanasi, a la fois grouillante de vie et de salete, theatre de la spiritualite et de la mort...
La vie de Maharadjah Nous arrivons à Jodhpur après 12 heures de train quelque peu éprouvantes… Pour moi en tout cas.
Hélène et Jérôme quant à eux se sont habitués aux trains indiens et ont bien dormi. Jodhpur est surnommée la ville bleue, du fait des nombreuses maisons peintes de cette couleur, sensée repousser
la chaleur et les moustiques.
La ville est dominée par le fort de Mehrangarh, qui monte la garde depuis de nombreux siècles. Perché sur un massif
rocheux au milieu de la ville, on ne peut s’empêcher d’être impressionné par la puissance qu’il dégage.
Nous décidons de le visiter et de nous plonger pour quelques heures dans la vie des maharadjahs. Un audio guide dernier cri nous fournit explications, anecdotes, et même un message de bienvenue
du maharadjah en personne ! Une fois les murailles franchies, le fort révèle un entrelacement de palais d’époques diverses, mais tous richement travaillés. Au fil de la visite, divers objets
évoquent les fastes d’antan : des howdah en argent (sièges pour le transport à dos d’éléphant), des palaquins dorés, des berceaux de contes de fées, …. Mais les hautes murailles, portes hérissés
de piques (contre les assauts d’éléphants) et canons ne laissent guère de doute quant à la vocation première de l’édifice. Et le fort a bien rempli son office puisqu’il a résisté à tous les
sièges et n’a jamais été pris. Au détour d’un couloir ou d’une porte, le visiteur voit également les vestiges de pratiques qui donnent froid dans le dos : une plaque indique l’endroit où un homme
s’est fait enterrer vivant pour attirer la bienveillance des dieux sur le fort ; sur un mur des dizaines d’empreintes de main témoignent du dernier passage des veuves des maharadjahs, forcées à
être brûlées vives avec la dépouille de leur mari !… On murmure que cette pratique, qui n’était pas réservée aux reines, perdure de nos jours dans certains endroits reculés. Un mélange de
raffinement extrême et de barbarie qui est un peu déroutant. Mais l’Inde n’est pas à un paradoxe près… Le maharajh actuel, toujours propriétaire du fort, n’y habite plus. Il occupe un autre
palais, construit par son grand père à quelques kilomètres de la ville. Le palais d’Umaid Bhawan comporte 347 pièces, dont une salle de réception pour 1000 convives. D’un style « Indo-Art déco »,
sa construction dans les années 1930 occupa 3000 ouvriers pendant 15 ans. Dans les années 1970, le maharajah actuel a transformé une partie du palais en hotel de luxe, qui lui procure de
confortables revenus. Malgré l’abolition de leur liste civile en 1971, la vie de maharajah continue donc pour une poignée de privilégiés en Inde…





