Qu’avons-nous appris durant notre voyage en Afrique et en Amérique latine ? Nous avons appris à attendre …et à apprécier cette attente.
Eh oui c’est tout bête mais c’est quelque chose qu’on ne sait plus faire en France…il faut qu’on ait tout, tout de suite, qu’on attende pas le métro plus que ces 7 minutes d’intervalle réglementaires (et encore quand on attend 7 minutes c’est grave relou), qu’on passe un coup de fil dès que quelqu’un a 5 minutes de retard à un rdz vs…Pourquoi ? Mais simplement parce qu’on a pas le temps (« J’ai pas le temps, mon esprit est ailleurs ! »). On court du bureau à la maison, puis chez les potes, ou au yoga, ou je ne sais quoi. Tout ça avec une seule idée en tête : rentabiliser au maximum son temps libre…parce qu’on en a tellement peu (et encore, merci les 35 heures !).
Le voyage longue durée permet et apprend ça : à attendre. Pas de rendez-vous, d’objectifs précis, tout est évolutif et on s’adapte au gré des envies, du vent etc.
Attendre assis par terre sur le quai d’une gare un train pendant 8 heures au Mali, puis une fois installé encore attendre une heure que le train démarre, alors qu’il fait 40° et qu’on ruisselle de transpiration sans même bouger un pouce…
Attendre 3,4 ou 5 heures en plein soleil, alors qu’il fait entre 40° et 45° à l’ombre (oui oui à l’ombre !), au Sénégal ou au Togo, que le minibus se remplisse pour partir…
Attendre l’autre jour au Nicaragua après une journée dans un petit village au bord du Pacifique que le dernier bus de la journée arrive, en espérant qu’il arrive, pour nous ramener à notre hôtel. Le jour vient de se coucher, les moustiques sont de sortie et nous dévorent…mais quelle belle attente ! De la musique latino s’échappe du bar d’en face…des gens descendent la rue en vélo et leurs silhouettes s’éclairent quelques secondes quand ils passent sous le halo de lumière diffusé par un lampadaire. On dirait cette fameuse scène d’ET où ils s’envolent sur le vélo. C’est un superbe moment !
Attendre en pleine nuit dans une des gares routières de Managua et avoir une des discussions les plus incroyables de notre vie…. La salle d’attente est en plein air, c’est la nuit, des cafards se baladent sur les accoudoirs de nos sièges (il y aura même des cafards dans le bus que nous prendrons ce jour-là…quelle horreur !), mais nous rencontrons quelques hommes qui attendent également. Ils viennent de petits villages isolés au nord du pays et la naïveté (sans connotation négative) de leurs questions est touchante. On se rend vraiment compte de l’écart qu’il y a entre eux et nous, et de la force de l’éducation et de l’école sur notre manière de pensée. C’est une conversation très difficile à retranscrire car tellement hallucinante et tellement loin de notre logique à nous…mais j’essaie : L’un d’entre eux est très impressionné par notre espagnol, et se demande à la fois comment il est possible que nous parlions l’espagnol sans être né dans un pays hispanophone (il a du mal à comprendre qu’on puisse l’apprendre à l’école) et comment il est possible qu’on parle le français. On lui a pourtant bien dit qu’on était français, mais il ne comprend pas bien comment on peut avoir une autre langue maternelle que l’espagnol. Tellement incroyable…mais vrai. Et pas du tout neu neu j’insiste, c’est juste que sa perception du monde est bien plus limitée que la nôtre.
Enfin tout ça pour dire qu’attendre ce n’est pas perdre son temps, c’est avoir du temps pour observer, découvrir, s’étonner…
Mais c’est vraiment un luxe que d’avoir la possibilité d’attendre…un luxe que l’on découvre que quand on a le temps…
Et nous nous offrons ce luxe, et nous l’apprécions pleinement.
2ème pays le plus pauvre de l’hémisphère nord…un record qui ne fait pas rêver, et pourtant dernière cette statistique c’est un pays magnifique que nous avons découvert…
Un relief hyper vallonné du à l’activité volcanique et tectonique…tellement vallonné qu’on a l’impression d’être dans un film ou dans un dessin animé et que les collines vont subitement se lever et se révéler être en fait le dos d’une créature géante…
Collines verdoyantes qui à un endroit sont peuplées de bananiers, de papayers et de plantes exotiques, et qui 200 m plus loin ressemblent à un paysage de Normandie… 
Ou gorges de rivière donnant l’étrange impression d’être en Ardèche…sauf qu’ici, parce qu’ils sont trop pauvres pour pouvoir les payer et parce qu’à certains endroits les gorges sont trop étroites, on ne vous propose pas un canoë mais une jante de pneu pour vous servir de bouée et parcourir les gorges…On n’a pas essayé ;-)

Volcans éteints ou juste endormis, dont les pentes forment des terrains propices à la culture du café, et sur lesquels on aperçoit des fumerolles. Quand on s’en approche, on a l’impression de prendre un bain de vapeur chaude. Si ce n’était pas toxique, on pourrait s’y faire un soin du visage !
A l’ouest les plages du Pacifique, certaines réputées pour leurs vagues gigantesques et les surfeurs qui les domptent, d’autres connues et protégées car les tortues viennent y pondre leurs œufs et les y enterrer. Grâce à un radar très performant (mais dont j’ai oublié l’explication, désolée), elles reviennent tous les ans pondre à l’endroit où elles sont nées. Quelques jours dans l’année elles peuvent arriver par dizaine de milliers. Elles pondent tous leurs œufs et les enterrent dans un trou sur lequel elles tassent ensuite le sable à l’aide de leurs pattes. C’est exténuant. Et alors même qu’elles pondent, des oiseaux très très gourmands les entourent déjà pour faire un festin d’œufs dès leur départ. Plus les crabes qui creusent des galeries pour aller croquer les œufs, et les hommes, pour qui cela constitue une nourriture gratuite…Aujourd’hui certaines plages, dont celle que nous avons visitée, sont des réserves naturelles et sont donc protégées par des gardes. Mais le jour où on est venu, la vingtaine de gardes n’a eu qu’une seule activité au moment de notre arrivée et 2 heures plus tard au moment de notre départ : regarder la télé !






A l’est la mer des caraïbes, ses langoustes, ses eaux cristallines et sa population noire, complètement à part. Anciens esclaves, leurs ancêtres ont été déposés et abandonnés là par les anglais quand ils ont quitté leurs anciennes colonies. Du coup ils parlent anglais, écoutent du rap ou du reggae, et ne sont absolument pas intégrés.
Au milieu, ses 2 lacs, bordés de volcans et de 2 anciennes villes coloniales aux noms espagnols : Leon et Granada…


Pour parcourir tous ses paysages, de superbes bus scolaires américains qui vivent ici leur 2nde vie, repeints de multiples couleurs et motifs chatoyants…


Et pour manger, des marchés où on se régale de frijoles (haricots rouges) à toutes les sauces : entiers, ou en purée, ou en gallo pinto, c’est-à-dire entiers et mélangés avec du riz ; invariablement accompagnés de l’incontournable tortilla (une espèce de crêpe de mais), et des bananes frites.
Une tradition, un peu perdue maintenant puisque manger de la viande ou du poulet n’est plus inabordable : le lait de soja. Nous avons découvert que cet aliment si à la mode chez nous depuis quelques années est en fait consommé depuis bien plus longtemps au Nicaragua. En effet, pendant la guerre quand le pays était extrêmement pauvre, des ONG sont venues au Nicaragua apprendre aux femmes les bienfaits nutritifs du soja et les différentes manières de le préparer et de le cultiver : le soja est à ce moment-là devenu un aliment de base de la cuisine. Tacos de soja, hamburger de soja, tofu etc. La situation économique s’améliorant, le soja a peu a peu disparu des tables et maintenant on ne consomme plus que le lait. Malheureusement pour Mercedes, une gentille vieille dame qui nous a expliqué tout ça, qui avant possédait un grand resto où on vendait plein d’aliments à base de soja, et qui maintenant n’a plus qu’un tout petit magasin où elle ne vend plus que du lait…

Et un autre aliment cultivé au Nicaragua : le cacao. Mais énoooorme déception pour la chocolat addict que je suis : ils ne savent pas le processer sur place et on ne trouve pas de bon chocolat. Leur seule manière de consommer le caco est de griller les fèves de manière un peu artisanale et de les moudre puis de les mélanger avec du lait, et beaucoup de sucre…c’est une de leurs boissons traditionnelles, mais malheureusement c’est pas bon, ça n’a pas du tout le goût du cacao ou du chocolat comme on le connaît.
Sans oublier une multitude de fruits multicolores et délicieux sur les étals des marchés…



des maracuyas (fruits de la passion), les meilleurs ananas qu’on ait jamais mangés, des papayes géantes, et des fruits complètement inconnus chez nous…comme le Nonni par exemple. Il est réputé pour ses multiples vertues pour notre santé. Jérôme, notre testeur sans peur, a donc acheté une bouteille de jus de nonni, à prendre en cure à raison de 3 cuillères par jour pendant 5 jours. Et comme pour chacune des expériences de Jérôme depuis le début de ce voyage, il fallait qu’il y ait un hic. Ca n’a pas râté : le goût du jus en question avait moitié un goût de fruit, moitié un goût de vieux fromage type gorgonzola…on s’est donc dit que c’était parce que la bouteille en question n’était pas fermé de manière hermétique et que le jus avait fermenté. Mais non, après vérification en achetant des nonnis frais, c’est bien le vrai goût du nonni…
Un création visuelle de Jérôme, destinée à vous faire découvrir le nonni et le litcha, plus ou moins équivalent ai litchee ou au ramboutan… Ajoutez des gros cigares vraiment pas chers pour digérer tout ça…et flamber un peu sur les photos ! Bon d’accord j’y arrive moins bien que Jérôme….


Des gens hyper gentils, hyper souriants et toujours prêts à nous aider quand on leur demande un renseignement.


Et aucun sentiment d’insécurité ! Bon allez sauf une fois où on arrive au terminal de bus de Managua en taxi alors qu’il fait noir et que le chauffeur nous dépose devant un parking complètement obscur…où on a pas du tout l’impression qu’il y a un terminal derrière et qu’on est tombé dans un traquenard…mais pas du tout il y a bien un terminal !
Un certain humour dans le nom donné à leurs gâteaux : là-bas on tourne pas autour du pot, l’équivalent de notre baba au rhum s’appelle carrément la « Tarta Borracha », c’est-à-dire « le gâteau bourré ». Bon en même temps dans les restos ils proposent du rhum pour accompagner le dîner, alors la dose de rhum dans le baba n’est peut-être pas la même que chez nous…
Et pour couronner le tout, une coutume locale qui garde encore tous ses mystères pour nous, bien qu’on l’ait pourtant observée aux 4 coins du pays : la paire de chaussures lacées ensemble puis lancée et suspendue aux fils électriques aux carrefours…Et pas que des vieilles pompes usées, mais aussi des jolies baskets fashion…On a bien essayé de demander, mais on n’a pas eu d’explication fiable. Un monsieur nous a dit que c’était une manière de fêter la victoire de son équipe favorite au football (dans ces cas-là vaut mieux pas soutenir les meilleurs. Donc si j’étais marseillaise je dirais qu’il vaut mieux soutenir le PSG, et vice versa !), et d’autres nous ont dit que c’état juste pour se marrer…Etrange, étrange !


Conclusion, on n’a qu’une chose à vous dire : Allez au Nicaragua !

Oh la la j’ai failli oublier de vous parler d’une autre tradition vue nulle part ailleurs en Amérique latine : ici le Rocking chair est roi. Point de canapé ou de fauteuils dans les salons : juste des rocking chair ! Comment se fait-ce ? Certainement une histoire incroyable comme celle du soja mais malheureusement nous n’avons pas la réponse…

Île de Pacques. Nous campons au milieu de l’île dans le jardin de Francis, un français exilé ici depuis maintenant 15 ans, et Pilou, sa femme rapa nui. Le soir nous mangeons avec eux de délicieux petits plats préparés par Pilou à base des ingrédients disponibles dans le jardin et la nature alentour.
Plusieurs jours par mois, ils vont sur les plages de l’île ramasser les déchets pour maintenir la côte propre.
Ce jour-là, quand nous rentrons de notre balade, ils nous accueillent extrêmement enthousiastes en nous disant qu’il leur est arrivé une chance incroyable : alors qu’ils ramassaient les bouées échouées et autres déchets. Ils sont tombés sur une grosse, que dis-je une énorme, surprise : une vache morte flottant dans l’eau. La pauvre devait se balader sur le bord de la falaise pendant la nuit, n’a pas vu le précipice, et s’est écrasée sur les rochers.
Quelle est la chance dans cette découverte me direz-vous ? C’est qu’au moment même où Francis et Pilou découvrent cette vache, un autre type est également là, qui miraculeusement est armé d’un couteau.
Le type, malgré les vagues qui s’écrasent fortement contre les rochers et le courant, s’aventure dans l’eau pour ramener la vache.
Puis, tous les 3, ils la dépècent et se partagent les morceaux…
Ce soir en arrivant à la maison nous avons donc la bonne surprise de découvrir… un ragoût d’un bout de jambe de la vache…
Pendant que le reste de la viande, d’abord mariné dans les épices afin que l’odeur qu’elle exhale en séchant repousse les mouches, sèche sur un fil dans le jardin, avec une horde de mouches sur chaque morceau…(L’efficacité des épices reste à démontrer…)
Devant leur enthousiasme devant cette opportunité que nous donne la nature, il est difficile de refuser de manger de la viande. Nous voilà donc tous 2 avec un bout de viande dans notre assiette. Bon je me dis qu’après tout c’est du bœuf, ça ne peut pas être trop mauvais.
Une première bouchée, et dès les premières mastications, le jus de la viande se diffuse dans la bouche et toutes ses saveurs se libèrent…c’est dégueulasse !
Je ne sais pas comment je fais mais je surpasse mon dégoût et arrive à l’avaler. Par contre pas moyen de me faire avaler une bouchée de plus, sinon je vomis : le goût est, comment dire…extrêmement faisandé. Au secours !
C’est qu’effectivement cette vache s’est certainement écrasée pendant la nuit, mais je ne suis personnellement pas très sûre que ce soit cette nuit et pas il y a 3 ou 4 nuits, et qu’elle ait mariné depuis dans l’eau de mer…
Je profite donc d’un moment d’inattention de Pilou pour balancer le reste de mon bout de viande dans l’assiette de Jéronimo, qui lui a l’air de manger sa viande avec appétit (il a déjà fini son bout).
Bon j’ai un soupçon de culpabilité en me disant qu’il va peut-être être malade en mangeant ça, mais je l’oublie rapidement. Autant que l’un de nous soit en bonne santé pour amener l’autre à l’hôpital ! (Ça c’est une bonne raison pour me déculpabiliser…mais que je viens de trouver là maintenant, et qui ne m’a pas du tout effleuré sur le moment, je dois bien l’avouer).
Mais oh malheur ! il me reste encore une bouchée de viande dans mon assiette. Je me concentre donc sur le riz et toutes les autres choses qu’il y a dans mon assiette, jusqu’à qu’il ne reste plus que ce bout de viande dans mon assiette.
Pilou et Francis vivent frugalement, il n’est pas question de gâcher, ce ne serait pas respectueux.
Je balancerais bien encore le bout restant dans l’assiette de Jéronimo mais Pilou est assise en face de nous et nous regarde tranquillement manger…Je prétends donc n’avoir plus faim et propose à Jéronimo de prendre mon bout de viande. 1 fois, 2 fois, 3 fois je lui propose, jusqu’à presque le supplier, mais il refuse obstinément…
Finalement à cours de solution, je me dirige vers les plantes pour faire mine d’y jeter mes déchets végétaux qui leur servent d’engrais et en profite pour rapidement jeter l’objet de mes cauchemars dans la gueule du chien qui s’en régale !
Plus tard en rentrant à la tente, je me permets quand même de dire à Jéronimo que je n’aimais vraiment pas cette viande et que ce n’était vraiment pas très cool de sa part de ne pas vouloir prendre mon dernier bout…
Jusqu’à ce que je me fasse envoyer bouler par un Jéronimo plutôt énervé, il a trouvé la viande aussi mauvaise que moi !
Jérôme : « Tu parles, 10 terribles bouchées de viande avariée que j’ai du engloutir malgré mes aspirations végétariennes, et on m’en refile encore de force ! »
Mais, le pauvre, il n’a pas eu le temps de réagir (YES !) quand je lui ai balancé mon bout dans l’assiette et a donc été contraint de le manger, malgré son dégoût !
Je pourrais dire Mea culpa et pardon, mais je ne suis pas sûre de vraiment le regretter ;-)
Rassurez-vous il n’a pas été malade……




