Si, pour les blancs, les noirs ou les asiatiques sont tous les mêmes, c'est pareil pour eux !
Ainsi, si de notre côté on a un peu de mal à les reconnaître les uns des autres - il faut dire qu'on en rencontre 50 par jour alors que eux ne voient que nous 2 comme blancs, donc c'est plus facile... - et à mémoriser leurs noms - ce sont des assemblages de sonorités auxquels nous ne sommes pas habitués et notre mémoire a beaucoup de mal à les retenir- nous nous sommes rendus compte que la pareille est également vraie.
Très difficile pour eux de retenir "Hélène" et "Jérôme" : on nous a donc appelés Irène, Ilère, Ilène ou même Christelle pour moi, et Jeremy ou Georges pour Jérôme. Finalement c'est en nous baptisant de noms africains que Sira et sa famille ont résolu ce problème : Jérôme s'appelle donc désormais Madou Diallo, et moi Ourekia Diakité. C'est joli, non ?
Et quand à Manantali, je me ballade avec Moussa dans la rue et que l'on aperçoit un toubab parfaitement inconnu, celui-ci me dit "Regarde c'est Madou là-bas !". Ca fait pourtant 1 semaine qu'on habite chez sa famille et qu'on passe nos journées avec lui... Rebelote plus tard quand on regarde la télé : on voit 2 blancs et il me re-dit "Regarde c'est Madou !".
Plus de complexe, donc.
Quelques trucs pas très gais mais qui font partie de la vie quotidienne ici et doivent être racontés...
- le mariage forcé, ou en tous cas pas choisi. Il est encore très très commun que les parents aient désigné pour les enfants leur futur mari ou futur femme dès la naissance. Pas de mariage d'amour, donc, ou très peu...même si c'est censé évoluer.
- l'excision des filles : encore systématique presque partout au Mali. Et pratiquée dans des conditions d'hygiène vraiment pas top. Ensuite certaines ont des complications, voire meurent, au moment de l'accouchement. Et pas de plaisir clitoridien pendant leur vie sexuelle. Mais le plaisir de la femme est une notion que les hommes ici n'envisagent même pas, je crois.
- la polygamie : la loi autorise jusqu'à 4 femmes par homme. Les hommes justifient ça par la quantité de tâches ménagères à accomplir, ainsi répartie, et l'assurance d'avoir plein d'enfants (donc de main d'oeuvre et une retraite assurée). Quand je leur demande, un peu par provoc, si les femmes elles aussi peuvent avoir plusieurs maris, bien sûr ils trouvent ça inenvisageable et n'ont même jamais pensé qu'il puisse leur arriver la même chose qu'aux femmes.
- l'illettrisme et le manque d'éducation : ici la plupart des enfants qui vont à l'école (certains n'y vont même pas du tout) la quittent avant même d'avoir passé l'équivalent du BEPC. Et les filles la quittent bien souvent beaucoup plus tôt que les garçons. Ce qui fait que sur l'ensemble des gens que nous avons rencontrés et avec qui nous avons pu discuter un minimum (plus que "bonjour, ça va"), il n'y a jusque là eu que des hommes...
- le système de santé : pas super performant.
L'arrivée de l'occident et des super médicaments conjugués à l'Islamisation et Christianisation a quasiment tué la médecine traditionnelle africaine. Peu de remède à partir de plante, massages ou rituels de soins dans les endroits que nous avons visités. Au coeur du Saloum au Sénégal, la guérisseuse a fait un massage à Jérôme super pourri de 3 minutes en lui tordant le cou comme un poulet !!!
Et bien évidemment il n'y a pas de médecin dans tous les villages, et il faut parfois se déplacer loin (et il n'y a pas toujours de moto ou de voiture) pour aller au dispensaire. Ainsi à Lobaly un petit village le long du fleuve Sénégal, ce sont les hommes partis travailler en France et revenus au Sénégal pour leur retraite qui ont financé eux-mêmes la construction du dispensaire...
Il n'est donc pas rare de croiser des gens malades non soignés : des femmes avec à la gorge des boules plus grosses que mon poing, un gamin souffrant j'imagine d'une maladie de peau et donc couvert de croûtes purulentes du crâne jusqu'à la poitrine...qui se balladent au milieu de tout le monde sans que cela ne choque personne...
« Manger votre argent » : une jolie façon de dire que le chauffeur de taxi ou autre est un peu trop gourmand et va nous faire payer beaucoup plus cher que ça ne vaut…
« J’augmente ? » : alors que nous sommes en train de boire du coca qu’on nous a gentiment offert. Cela veut tout simplement dire « Je t’en sers encore ? ».
« Se précipiter tout doucement » : assez compréhensible pour ne pas mériter d’explication, et assez révélateur de la mentalité africaine…
« Tu étais encore dans les ténèbres que j’étais déjà en train de parcourir le monde » : un vieux rencontré dans un taxi nous raconte sa vie riche en expériences, celles-ci ayant commencé alors que nous n’étions même pas encore nés, donc encore dans les ténèbres !
« Rien ne te trouve » : Une expression entendue par 2 fois chez les marabouts (eh oui j’ai eu la chance d’en voir un 2nd) et qui signifie que nous sommes très chanceux et que rien ne nous trouvera pendant notre voyage : autrement dit nous n’aurons pas de problème !
« Bébé sans tête » : notre gros sac à dos !
Vu sur des papiers d’identité :
« Signature : ne sait pas signer »
« Date de naissance : vers 1983 »





