Au détour d’une rue de Dioneware en se balladant avec Lamine, notre guide non officiel, nous croisons un jeune gars d’à peu près notre âge que tout le monde a l’air de beaucoup respecter et salue avec révérence…Après renseignement il s’agit d’un marabout !
Apprenant que celui-ci vient du Mali nous décidons d’aller lui rendre visite pour obtenir quelques adresses pour la suite de notre voyage. De fil en aiguille, Lamine nous dit que le marabout peut si l’on veut nous donner des conseils sur notre voyage, etc…
Nous acceptons, pour la modique somme de 1 000 francs CFA (soit 10 FF, soit 1.5€ pour ceux qui ont déjà oublié).
Pour « voir » et faire ses prédictions, le marabout utilise un vieux sac de riz vide posé sur le sol, sur lequel est étalé du sable.
Il prend donc une poignée de ce sable, me le met dans la main avec mon billet de 1 000 CFA, et je dois en serrant tout ça dans ma main parler de ma voix intérieure pour exprimer mes désirs et questions. Puis je passe cette poignée de sable et le billet à Jérôme et c’est à son tour de parler (intérieurement toujours!).
Pendant ce temps là le marabout se concentre et semble écouter nos pensées…
Le silence s’installe. Le marabout trace à la main des dessins dans le sable qui semblent lui révéler certaines choses. Un certain suspense se dessine : j’ai exprimé des désirs sur ma vie future avec Jérôme, j’espère qu’il ne va pas m’annoncer de mauvaises nouvelles.
Puis enfin, ça y est : il est prêt à nous parler : tout d’abord il nous rassure : tout va bien se passer dans notre voyage. Par contre il insiste sur le fait que nous devons être plus croyants (ou plus crédules, vous verrez ça plus tard !)…et que si nous voulons que tout se passe bien, nous devons faire 3 « hormones » : je me dis au secours il va nous demander de donner notre sang, ou des cheveux, ou je ne sais quoi !
En fait, je comprends que plutôt que de 3 « hormones », il s’agit de 3 « offrandes » :
- d’abord nous devons acheter 7 sucettes, en offrir 4 à des filles et 3 à des garçons. Ça va, pour l’instant ça ne nous reviendra pas trop cher !
- Puis nous devons acheter 3 pains et l’offrir à un jeune homme entre 15 et 18 ans. Ok, c’est toujours dans nos moyens…la 3ème offrande sera-t-elle le coup de bambou ?
- Il s’agit d’une chèvre, quel que soit son âge et son poids, mais attention elle doit être bicolore…
Il ajoute qu’il faut également que Jérôme, pour éviter des problèmes administratifs en rentrant en France), offre une paire de chaussures à quelqu’un.
Puis qu’il faut également que nous nous fassions faire chacun un bracelet ou une bague en argent avec notre nom écrit en or.
Puis aussi que nous devons nous arroser, respectivement pendant 9 jours pour moi et 11 pour Jérôme (certainement parce que je suis plus pure !) d’une espèce d’eau bénite qu’il peut nous concocter si l’on veut.
Puis finalement que si ça nous arrange (quelle générosité !), il peut s’occuper de faire tout ça pour nous, pour la somme (moins modique cette fois) de 150 000 francs CFA ( 220€ quand même !).
C’est dommage on avait bien failli y croire…en tout cas pendant les 10 premières secondes !
Non même pas, en fait…mais ça nous aura fait une expérience.
Parce qu'en arrivant ici nous avons découvert pas mal de nouveaux mots, nous voulions vous en faire profiter…
Le 1er, et celui que nous entendons le plus ici, c'est "toubab" : le blanc, en opposition à bougnoul, le noir…Autant vous dire qu'à chaque coin de rue, les enfants nous crient "toubab, toubab !". En effet, la plupart d'entre eux sont hyper contents de nous voir et accourent pour nous dire "bonjour, ça va ?" et nous serrer la main. Certains prolongent la conversation par " Donne moi cadeau" ou "Donne moi argent", mais nous refusons toujours.
Le fait que nous soyons des toubabs est également l'occasion pour certains sénégalais, notamment dans les transports (pirogues, taxis brousses, etc.), d'essayer de nous arnaquer. Le fait qu'un toubab soit forcément riche est presque un dogme, ici. Du coup on a l'impression que certains d'entre eux ont pour devise : "Ici, si t'es toubab, on t'entube !".
Heureusement ceux-ci ne sont pas la majorité, et dès que nous arrivons dans les petits villages ou les familles, ceux-ci nous accueillent avec une hospitalité et une gentillesse extraordinaire.
Comme Goorgi et Thérèse à Dakar. Ou la famille de Lattir et Yam'bat, par exemple, qui nous ont reçu chez eux comme si nous faisions partie de la famille, nous ont invité à leur table pour Pâques et nous ont fait déguster les mets typiques (notamment de m'balax, une boisson que l'on boit uniquement le jour de pâques, constituée d'arachides, de bananes, de pain de singe). Ou les habitants du village de Dionewar, qui étaient avec nous sur la pirogue du retour sur le continent, et qui se sont tous ligués contre le piroguier quand celui-ci a essayé de nous faire payer 4 000 francs CFA au lieu des 800 francs CFA pour les locaux !
"Pain de singe", maintenant : c'est le fruit du baobab, cet arbre gigantesque qui vit des centaines d'années. C'est une espèce de coque suspendue aux branches et remplie de petits morceaux d'une substance blanche sèche et assez astringente qui fond dans la bouche pour ne laisser qu'un petit noyau. C'est censé être anti-diarrhéique, donc utile pour nous ! Mais pourquoi ça s'appelle "pain de singe " ? Eh bien parce que c'est la nourriture de base des singes…mais alors que sur certains baobabs tous les fruits ont été prélevés, sur d'autres tous les pains de singe sont encore là…et personne, pas même les singes, ne les prend : c'est parce que ces arbres là sont sacrés, et même le singes le sentent ! C'est ce qu'on nous a dit, en tous cas.
Un autre fruit inconnu pour nous jusqu'ici : la "pomme cajou", dont voici une photo.
C'est en fait le fruit duquel on extrait la noix de cajou. La pomme est très juteuse et sucrée, mais sa chair est un peu caoutchouteuse…Je trouve que ce fruit ressemble un peu à un esquimau, sauf qu'en guise de bâtonnet, il y a une coque qui renferme la noix de cajou, que l'on fait ensuite griller.
On a aussi vu ici des "cerises", mais rien à voir avec les nôtres : ce sont de petites boules vertes croquantes et acides !
Dans le village de Dionewar, où on nous avait parlé des lieux sacrés, des arbres sacrés, on nous a aussi parlé d'"herbe sacrée". J'ai supposé que, un peu comme le café "touba" qui est un ersatz de notre café fait avec une plante locale, l'"herbe sacrée" devait être un ersatz de tabac avec peut-être un effet un peu plus fort…Jérôme a donc décidé d'en acheter : nous allons avec Lamin notre guide dans une petite maison du village, et il en ressort avec un bout de papier…rempli de cannabis ! Quelle naïve, je ne m'en étais pas doutée un seul instant.
Un dernier mot, mais qui pour le coup ne semble pas exister dans le vocabulaire des sénégalais : la machine à laver. Partout, même à Dakar, la lessive se fait à la main…les femmes y passent leur journée, et 4 ou 5 bassines sont nécessaires. Mais nous n'avons pas encore percé ce mystère…
Après avoir trouvé notre chauffeur (une belle pancarte me dédouble : « jérôme & philipps » ) et qq pièces pour celui qui portait la pancarte : « Prépare toi a me donner un pourboire avec plaisir » me dit-il, nous voilà , vers 3h30 du matin, dans notre taxi direction la belle maison de la famille Diaw. Je jette un coup d’œil par la fenêtre et BOOM .
Une ombre noire immense soulignée d’un halo de lumière blanche se détache de la nuit bleu intense. C’est un baobab majestueux bercé par le halo d’une pleine lune rayonnante comme jamais
Pour certains, il ne s’agirait que d’1 simple baobab dans la nuit.
Pour moi, c’est une promesse, un cadre magique qui raisonne et annonce le voyage au cœur des terres merveilleuses d’Afrique.
Les plus belles photos restent-elles uniquement gravées dans notre mémoire ? C’est peut-être ça l’art du photographe.
En tout cas, quel accueil ici. Après plusieurs échanges téléphoniques, je fais enfin la connaissance de la très souriante Thérèse, la maman de Mina, de Goorgi, la papa et chef de la maison, et de la grande Cynthia, la sœur de Mina, avec ses 14 ans, 1m78.
On a été accueilli comme des rois. Notre petite suite rien que pour nous, la visite de la ville et les plats maisons préparés par Awa (pas sûr de l’orthographe, sorry)
Moi qui avait prévu une diète en arrivant, c’est du joli. Mon estomac est très surpris quand ma gourmandise m’oblige à prendre ma troisième assiette de Tie Bou Dien (poisson mitonné avec plein d’épices et de légumes accompagné de riz très très savoureux ).
Demain matin, direction le Saloum : les îles au sud de Dakar, le soleil, la mer et les crevettes géantes pour un périple de 5 – 10 jours avec marche et campements sauvages …
Des nouvelles dans 2 semaines. On pense très fort à vous..
Enormes bisous
jérôme





