58/ Varanasi...un concentre d'Inde !

Publié le par Hélène

Une vraie symphonie cacophonique (ca vous semble antinomique, paradoxal ? Mais oui, comme l'Inde !) de couleurs, d'odeurs, de saveurs, de bruits...jusqu'a saturation des sens.
Plus une ferveur religieuse hyper voyante, et des principes et une maniere de penser pas toujours evidents a apprehender.
L'Inde c'est deja costaud...mais alors un concentre d'Inde, je vous dis pas !
Et ce concentre d'Inde, c'est Varanasi (ou Benares pour ceux qui la connaissent sous son ancien nom).
On se fait donc un dernier shoot d'Inde avant de la quitter. Je dis "shoot" tout a fait a dessein, car Varanasi peut vous emmener tres "high", tout comme elle peut aussi vous sembler etre un sacre "bad trip"...
Heureusement c'est ce qu'on a garde pour la fin de notre voyage...parce qu'en faisant ca au debut y a moyen de craquer, et de detester l'Inde !
Des petites ruelles hyper etroites pleines d'ordures, de bouses de vaches, ou hommes, chiens, vaches, velos et motos tentent de circuler, ou empechent les autres d'y arriver...mais qui sont malgre tout pleines de charme.

 

Des ghats, ces grands escaliers, qui se jettent dans le Ganges et ou la vie et la mort cohabitent...ainsi que la purete et l'impurete.
               

La purete, parce que tous les jours des milliers de gens viennent se laver ou se purifier dans le Ganges.
Les hommes en slip ou string traditionnel, les femmes en saris toujours, decence oblige !
Certains ne font que se laver, avec le savon et tout et tout (il y en a meme qui se lavent les dents, beurk !), d'autres lavent leur linge, et d'autres obeissent a un rituel hindou.  En effet, le Ganges tient une place tres particuliere dans la religion hindoue : c'est un fleuve sacre, son eau est pure, et il existe 4 manieres de lui rendre hommage : le regarder, le toucher, s'y baigner, et boire son eau.
Les pelerins prient donc dans le fleuve, s'immergent integralement 3 fois de suite et boivent son eau.
     
     

Certains viennent meme avec leur gourde en metal ou une bouteille d'eau vide et emportent 1 litre avec eux...
Un ancien maharadjah de Varanasi, qui avait du partir en voyage a Londres, avait fait emmener avec lui 2 enormes jarres de plus de 100 litres chacune pour avoir son stock d'eau sacree avec lui...

L'impurete, parce que les egouts de la ville se jettent dedans, et qu'on y trouve donc notamment une quantite incroyable de bacteries fecales (ceci dit ca s'ameliore : entre 45 000 et 90 000 bacteries fecales pour 100ml d'eau, seulement, quand dans les annees 70, les excrements flottaient carrement sous le nez des baigneurs !)que les rives sont a certains endroits couvertes d'ordures, et que les corps des animaux et gens morts sont jettes dedans : certains incineres, d'autres pas. Sans compter toute la pollution qui vient de l'amont...
            

Mais les pelerins transcendent cette salete par leur ferveur. Le Ganges est donc a la fois pur et impur (rassurez-vous, pour moi il est juste impur et je n'ai pas trempe un seul millionieme de millimetre de mon corps dedans !).

En se baladant le long des ghats le matin, a pied ou en bateau, on assiste donc a des scenes de vie hyper colorees...
Qui cohabitent avec des scenes de mort. 
Pour l'hindou la mort fait partie de la vie et n'est pas du tout tabou. 2 ghats sont dedies a la cremation des morts. Ils sont en pleine ville, au milieu de tous ces autres ghats ou les gens vont se baigner...
              

Et tout le monde peut aller assister a ce que certains trouvent etre un rituel fascinant quand d'autres y voient un spectacle choquant et repugnant...
Varanasi est une des villes les plus saintes d'Inde, les gens qui auront la chance d'y voir leurs restes jettes dans le Ganges sont assures de sortir du cycle des reincarnations. C'est donc le but ultime de beaucoup de gens, et certaines personnes marchent 3 ans pour arriver a Varanasi et y mourrir. Il y a d'ailleurs sur ces fameux ghats de cremation des immeubles reserves aux gens venus y attendre la mort...j'ai pas ete les visiter mais de dehors ca avait pas l'air folichon...a mon avis une fois qu'on y est la mort arrive de maniere acceleree !

Une fois morts, ceux qui ont suffisamment d'argent pour acheter le bois necessaire (entre 60 et 80 euros) subissent une cremation. Le corps, place sur une civiere en bois et recouvert d'un tissu de couleur, est d'abord transporte jusqu'au bord du Ganges, partiellement immerge et asperge d'eau. Puis apres quelques minutes d'attente (certainement pour faire secher le corps), on enleve civiere et tissu d'apparat et on transporte le corps sur un bucher, et on le recouvre de bois. La famille est la, enfin juste les hommes. On ne voit pas de larmes ou de tristesse sur leurs visages. Ce n'est pas un evenement gai, mais ce n'est pas non plus triste. C'est juste une etape de plus...Puis c'est le fils aine du defunt qui allume le feu, et la famille attend calemement la fin de la cremation.
Ce n'est pas un spectacle anodin pour nous occidentaux : on distingue parfaitement les membres, on en voit parfois meme qui depassent du bucher et les intouchables qui gerent le bucher venir les repositionner pour qu'ils brulent mieux, et quand on est dans le sens du vent on sent l'odeur, et on respire la fumee, des corps brules...
A la fin les cendres sont disperses dans le fleuve, et un pretre vient chercher avec un crochet les bouts pas completement brules pour les jetter dans l'eau.
Drole de spectacle...j'y ai assiste avec beaucoup de distance. Je voyais ces corps bruler devant moi et je me disais que je devrais me sentir voyeuse, mais non. En meme temps eux regardent ca avec un tel naturel...

Les corps de ceux qui sont trop pauvres pour payer une cremation et de certaines categories speciales de personnes comme les enfants, les femmes enceintes et les sadhous (des gens qui abandonnent tout pour vivre leur foi et vivre dans le denuement le plus complet. Certains se balladent meme nus, d'autres se couvrent le corps de cendres...), sont jettes directement dans le fleuve...

Du coup on ne peut s'empecher lors de l'incontournable ballade en bateau de guetter et d'analyser chaque objet flottant qui brouille la surface de l'eau...
Et on sent egalement un besoin incompressible de se doucher et de se recurer a fond quand on rentre du spectacle des ghats de cremation...toute cette fumee sur notre peau, nos cheveux, dans nos narines...

Voila donc le spectacle fascinant-repugnant, attirant-repoussant qu'offre la ville de Varanasi, a la fois grouillante de vie et de salete, theatre de la spiritualite et de la mort...

Publié dans Inde

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chantal 05/05/2008 23:21

le premier jour de n/séjour en Inde, j'avoue avoir entrevu une religion aussi pieuse, que l'on se sentait étranger...à la ferveur. mais comparé à Vanasari, ce n'était rien....merci pour ce témoignage qui éveillent nos sens et notre imagination limitée... bises, chantal.