8/ Impressions diverses

Publié le par Hélène

Quelques petites anecdotes, des différences, des évènements, des choses et d’autres qui nous ont amusés, interpellés,etc.

Les élections présidentielles :

Bien qu’on rate toute l’agitation des élections en France, nous avons notre compte au Mali, où les élections présidentielles avaient lieu ce we. Comme en France, nous avons assisté à pas mal de battage médiatique, de pub pour motiver les gens à aller voter, etc…

Il y avait même une pub télé expliquant aux gens le nouveau mode opératoire pour voter : un bulletin de vote unique avec dessus le nom et la photo de tous les candidats (ce qui au final donne une bulletin de taille entre A4 et A3 !). On trempe son doigt dans un petit pot d’encre, et on appuie à côté du candidat pour lequel on vote…Encore influencée par mes réflexes occidentaux, je me dis, impressionnée, « ouah, ils font ça pour avoir les empreintes digitales des votants et éviter toute tricherie ou double vote »…mais cela ne dure qu’un 1/10è de seconde, après lequel je me dit plutôt que c’est parce qu’ici de nombreuses personnes sont illettrées, et que mettre son doigt à côté de la photo du candidat pour lequel on vote est à la portée de tout le monde…

Quant aux résultats, ils ne sont pas annoncés le soir même comme en France. Le vote a eu lieu dimanche, les 1ers résultats provisoires sont tombés mardi soir, et les définitifs aujourd’hui jeudi, mais sont contestés : environ 36% de taux de participation (on est loin des 85% en France !), et environ 68% de vote pour ATT, le président sortant…

Les poubelles :

Ou plutôt, l’absence de poubelles… En effet, depuis que nous sommes partis il y a un mois, nous avons vu nos premières poubelles aujourd’hui, à Bamako. Partout ailleurs, c’est l’absence totale de poubelles et de gestion des déchets. On jette tout dans la rue, par terre. On trouve donc aux abords de chaque ville ou de chaque village, et même parfois en plein milieu du village, un amas d’ordures en tout genre…allant d’emballages plastique au métal, au seau, à la vielle casserole, etc. On marche tranquillement dessus quand ils sont sur notre chemin, les animaux les mangent, et les enfant jouent dedans et se mettent à la bouche des objets ramassés par terre. Rien de choquant ici…

Ainsi si j’ai été choquée lors de notre 1ère semaine quand ayant un papier à jeter alors que je suis dans la boutique de Fatou, elle me dit de le mettre par terre et que de toutes façons elle va balayer et donc le mettre dehors, je me suis vite habituée…

C’est terrible comme on peut s’habituer à des choses hors de nos normes rapidement. Quand il s’agit de baisser mes normes de confort ou d’hygiène, je trouve que c’est assez positif. Concernant les poubelles, je trouve ça regrettable, et pourtant…je ne peux faire autrement. Nous avons bien tenté, 1 ou 2 fois, avec Jérôme, de constituer un sac poubelle avec nos déchets, plutôt que de les jeter. Mais au moment de jeter le sac poubelle, que faire à part le balancer avec les autres ordures par terre ? Nous avons envisagé de l’enterrer, mais ici l’eau vient souvent de puits, et nous craignions de polluer l’eau…

Les goûts et les couleurs...

Tout d’abord quelques mots de cuisine…ou plutôt de goût. Disons en effet que nos goûts ne sont pas du tout éduqués et développés de la même manière…

Ainsi ici, que ce soit au Sénégal ou au Mali, on aime énormément le sucre…la coutume du dessert n’existe pas (pas un seul yaourt depuis que nous sommes arrivés), mais on mange à toute heure des « crèmes ». D’après moi issu de l’anglais « ice cream », il s’agit en fait de petits sachets gelés faits maison à base de poudre du type tang, d’eau et de beaucoup de sucre ! Perso j’aime pas, mais Jérôme s’y est fait…

Le thé aussi, se boit très très sucré et complètement différemment de chez nous. C’est un vrai rituel social : il se boit matin, après-midi ou soir (ou les 3) , quand on n’a pas grand chose à faire. Il se boit en 3 fois, ça dure au moins 2 heures, et ça donne l’occasion de s’occuper et de papoter.

Si vous cherchez comment faire durer votre pause café un peu plus que les 5 ou 10 minutes règlementaires, voici la recette : on achète une petite boîte d’une dose de 25 grammes de thé (oui oui c’est énorme), on verse presque tout dans la théière (qui chauffe sur du charbon de bois…c’est peut-être un peu risqué au bureau !), avec beaucoup de sucre, et on laisse chauffer et infuser une bonne demi-heure.  On le sert ensuite dans de tous petits verres, comme le thé à la menthe.

C’est donc le 1er thé : « amer comme la mort »…effectivement très très amer mais aussi très sucré.

Puis vient le 2nd thé : on garde le thé déjà infusé d’avant, on y ajoute un peu de thé encore inutilisé , plus 1 ou 2 bons verres de sucre, et re-belote pour ½ heure : celui-là sera alors « doux comme la vie » : encore un peu amer, et plus sucré.

Enfin le 3ème : on recommence le même rituel, et cette fois le thé est «  sucré comme l’amour » : plus du tout amer, et très très sucré.

Devinez lequel est le meilleur ?

Autre fait marquant : ils mettent des bouillons cubes partout ! Maggi a du faire un travail de dingue…partout sur les marchés on trouve des bouillons cubes vendus à l’unité (ici tout se vend à l’unité : les bouillons cubes, la dose de thé, la dose de sucre pour le thé etc…), et il ne se cuisine pas un plat sans bouillon cube… Bizzare, bizzare, non ?

Enfin tout ça pour dire qu’on n’a pas du tout les mêmes goûts. Mais on s’est fait à leur cuisine…

Par contre on a essayé de leur faire goûter des plats français et…pas moyen !

La mission n’était pas aisée, car les ingrédients ne sont pas légion, mais on a réussi à faire des petits pois carottes, que personnellement nous avons trouvé assez proches de ce qu’on aurait pu faire à la maison…Ils en ont goûté une cuillère, et n’ont pas voulu y retoucher.

On a également profité d’un très beau citronnier pour faire de la limonade bien fraîche. Verdict : pas assez sucré, mon fils ! Tant pis, nous on s’est régalés !!!

Le paradoxe africain : le volume de la voix  est inversement proportionnel à la distance

Alors qu’ils (et surtout elles, en fait) ont du coffre et sont capables de vous crier de manière très aiguë dans l’oreille alors qu’elles sont à côté de vous, les africains ont également une ouïe étonnamment développée. Ainsi ils se parlent de très loin très très bas (nous bien sûr on ne comprend rien mais même si on comprenait on n’entendrait rien !).

 

 

Et quand on s’est retrouvé à regarder la télé avec toute la famille à Manantali, en français s’il vous plaît, assis juste à côté du chef de famille, eh bien on entendait rien…alors que lui entendait tout !

La notion d’espace personnel

La différence dans la notion d’espace personnel est quelque chose qui s’expérimente notamment au cours des transports… Ainsi si nous avons l’habitude, en France, de toucher le moins possible notre voisin dans le train ou le métro et de s’excuser si on l’effleure…ici l’espace personnel est plus restreint, voire inexistant ! Dans les transports, on s’appuie volontiers sur l’épaule de son voisin, on pose son pied sur le sien, on lui met la main sur la cuisse ou sur l’épaule si ça nous arrange…et tout ça bien sûr sans jamais lui demander son avis !

En fait ici je crois qu’on ne pense jamais qu’on puisse gêner l’autre…ou alors on n’imagine pas que l’autre puisse avoir besoin de son espace à lui, ou de son moment tranquille et seul…

Quand après une ballade au marché dans un petit village, saoûlés de la foule, des cris « toubab, toubab » des enfants qui nous suivent, on se réfugie sous un arbre tranquille dans un champs à proximité pour bouquiner…il ne se passe pas 1 minute avant que 5, 10 ou 15 enfants, et aussi des adultes rappliquent, nous disent 15 fois « bonjour », nous tapent la discute, regardent notre livre. Même quand au bout d’un moment on ne dit plus rien et on ne les regarde plus, en espérant les faire fuir, ceux-ci peuvent rester là ¼ d’heure à vous observer… Au final, sur 1 heure passée sous cet arbre, nous aurons passé grand maximum, sans exagérer, 5 minutes seuls…

Autre exemple à Manantali : nous dormons dans une chambre dans un lotissement : il fait tellement chaud que nous laissons la porte de la chambre ouverte et avons collé notre matelas à la porte. Les enfants passent, s’arrêtent, nous saluent, s’installent sur le pas de la porte et regardent tranquillement ce qu’on fait (alors que nous on bouquinait tranquillement notre livre et n’avions pas envie de parler). Même une fois la lumière éteinte alors qu’on leur a dit qu’on allait dormir, ils reviennent, nous éclairent le visage à la lampe torche, et nous envoient une pierre pour essayer de nous faire réagir…Un peu extrême d’accord, mais révélateur…Heureusement là Jérôme s’est énervé, les a poursuivis en courant et leur a fait très très peur, ils ne sont pas revenus !

L’hospitalité africaine

Remarquable, plus que tout, et tellement différente, étonnante et enrichissante : l’hospitalité africaine…

Nulle part ailleurs je crois, en tous cas pas chez nous, on ne pourrait expérimenter ça.

Nous arrivons à Mahina en train, à 00h30. Nous espérions arriver plus tôt et prendre directement un véhicule pour aller à Manantali , mais le train, initialement annoncé à 12h15, n’est finalement parti qu’à 20h45…Philosophes, nous plantons donc la tente dans un terrain vague à côté de la gare, pour repartir le lendemain matin. Tout est installé, nous sommes prêts à nous coucher quand Cheick Omar passe avec ses 2 amis. Inquiets qu’il nous arrive quelques chose pendant la nuit, alors qu’il ne nous connaît pas et ne nous a même pas encore parlé, ils nous propose très gentiment d’aller planter la tente dans son jardin. Lui et ses 2 amis porteront la tente jusqu’à la maison pour que nous puissions dormir en sécurité, nous donnerons de l’eau le lendemain matin et nous proposerons de nous doucher…

Pressés de repartir, nous refusons et allons prendre un véhicule pour Manantali. 4h30 de trajet plutôt tape-cul à la moitié duquel une jeune femme qui parle à peine français monte. Aussitôt montée elle nous demande nos noms, nous rebaptise de noms africains (Madou Diallo pour Jérôme et Ourekia Diakité pour moi), et nous propose de venir manger chez elle ce midi, et de prendre une douche. Nous resterons finalement 1 semaine dans sa famille, mais aurions pu rester 1 mois de plus sans que cela ne les dérange aucunement…

Des exemples comme ça, nous en avons de nombreux autres : la famille Diaw qui nous a reçus comme des princes à notre arrivée à Dakar, initiés à la vie africaine, et Thérèse qui a passé plusieurs coups de fil partout au Sénégal pour nous trouver des informations, et des gens chez qui dormir ; la famille de Lattir à Djilor qui nous a invité à rentrer dans la vie de sa famille et à partager les repas de fêtes avec eux ; le père Jean-Claude qui nous héberge pendant 3 jours sans même nous connaître juste sur la demande d’une de ses amis ; la famille Sumaré qui nous héberge pendant 1 semaine à Lobaly, nous gave de coca et de fanta (produits de luxe en Afrique, et d’autant plus dans un petit village) et nous fait visiter tous les membres de la famille (et mon dieu qu’elle est grande cette famille) comme si on en faisait partie.

Qui, en France, accueillerait comme ça de si bon cœur un étranger rencontré dans le bus ou dans le train ?

En tous cas, pas moi. Je ne pourrais m’empêcher d’avoir peur qu’il ne vole mes bijoux, ne ruine mon appartement, ou ne soit un fou psychopathe ou sociopathe, ou violeur, ou je ne sais quoi…enfin bref, ça ne me viendrait jamais à l’idée !

Eh bien à eux si, ça leur vient à l’idée, et c’est même naturel !

Ainsi alors que certains n’ont que peu d’argent, ils nous hébergent, nous nourrissent, nous font même des cadeaux…et nous disent en plus merci !

Quelle bonté de la part de ces gens, c’est incroyable…

J’espère qu’une petite graine de cette bonté aura germé en nous et que de retour de notre voyage nous serons plus ouverts, plus accueillants, avec moins de préjugés et prêts à offrir plus. Je ne dis pas que je proposerai à tous les clochards du métro de venir prendre une douche ou dormir à la maison, mais j’espère que j’aurai développé un peu de cette « teranga », la fameuse hospitalité africaine !

Publié dans Afrique

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Alex (à Maurice) 07/05/2007 06:49

Salut Jérome,votre blog est génial... super bien écrit, on fait même un bout du voyage avec vous en Afrique.votre programme est bien chargé en tout cas, c'est vraiment excellent de se lancer dans une telle aventure..ca donne des idées.Allez bon voyage !alex