REVES DE VOYAGES

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"Certes, un rêve de beignet, c'est un rêve, pas un
beignet, mais un rêve de voyage, c'est déjà un voyage" (Marek Halter)
 

Femmes en saris aux couleurs et aux motifs chatoyants, dieux innombrables mais toujours kitch, rondes d’épices, d’odeurs, de saveurs, de couleurs, villes a l’air pollue et aux bruits de klaxons incessants, l’Inde ne cesse de stimuler nos sens et notre esprit…parfois jusqu'à saturation.

On dit souvent de l’Inde qu’elle ne laisse personne indifférent : soit on l’adore, soit on la déteste. C’est vrai : de tous les pays que nous avons visite lors de notre voyage, l’Inde est définitivement le pays le plus choquant. Et certainement pour moi le pays le plus difficile. Bien plus que l’Afrique.
Le slogan de l’office de tourisme indien « Incredible India » ou « Inde Incroyable » ne pourrait pas être plus juste. Ce pays, ou sous-continent, est tout simplement IN-CROY-ABLE.
Et après bientôt 2 mois sur place, je n’ai pas encore décide si je l’adore ou le déteste…
 
Mardi 6 novembre 2007

1/ La révélation 

Et bien nous voici en cette glorieuse journée du 9 Août 2007 au cœur de la cordillère Real en Bolivie, massif long de 200 km. Nous avons 4 jours de marche dans les pattes, 6 jours devant. Notre campement se trouve à 4100 mètres d´altitude. 

Il doit être sur les coups de 16h et le bain dans l´eau glaciale m´a bien revigoré. (Je suis sur le moment très fier de cette petite baignade à vous couper le souffle)  

 

Je pose un œil neuf sur cette petite plaine, la vallée, le ciel, les rochers. Un colossal bloc de roche dans les hauteurs m´invite pour une pratique de Yoga. (Hélène : Ah bon ? Il parle le rocher ?) 

« Hélène, je monte sur les rochers là-bas. Retour dans 1h » 

5 min de montée et une fleur attire mon œil. 

«  Hum….Cette structure de pétales, de la roche, cette couleur …Voyons voir l´odeur. Non, ce n’est pas possible ! Incroyable ! » Les mémoires d´un de mes digestifs favoris me font tourner la tête et  les effluves du bouquet à mes pieds s´emparent de mon corps. Le souvenir. La couleur. Les fleurs en face de moi. 

« Du Genépi mon gars. Tu es tout simplement tombé sur du Genépi. Cette fleur si rare, protégée en Europe, qui ne pousse que dans des coins impossibles et gardés secrets. Le joyau sublime des montagnes. Là, à tes pieds » (je n´exagère en rien ce dialogue intérieur) 

Je regarde un peu autour. Là-bas. Et là-bas aussi. 

« Jérôme, là, maintenant, c´est le jackpot absolu qui sort de terre. Un champ de genépi ! » 

Et oui, chacun ses jackpots. Les miens deviennent de plus en plus simples,  petits et en même temps de plus en plus colossaux, éphémères et éternels. 

Impossible de vous exprimer totalement les doutes (le fameux trop beau pour être vrai) et l´euphorie du moment. 1 truc de Ouf. Je suis sur un nuage. Je me vois déjà distiller un des meilleurs genépis au monde et importer ces fleurs en Europe. C ´est que ça coûte quand même autour de 1000 euros le kilo dans ma tête sur le moment (dans tous les cas, c´est effectivement très cher). 

Quelques minutes de suspension dans le temps entre la présence des magnifiques fleurs en face de moi, les mille projets qui veulent prendre forme et les spéculations de mon mental.  

 

 

Je descends illico chercher couteau et sac plastique pour arpenter les éboulis pendant 1h30, sautant comme un chamois de rocher en rocher. De bouquet en bouquet  le tout avec une joie d ´enfant  et une frénésie difficile à contenir (Hélène : c´est la petite maison dans la prairie, là ?). 

Peut-être comme une nana qui trouve un vrai sac Gucci à 20 euros pendant les soldes (Hélène : ce ne serait pas un peu réducteur ça par hasard ?) 

Si c´est ça, je commence à comprendre les femmes et bénir les soldes pour la joie qu´elles apportent en Occident (Hélène : aïe aïe aïe ) 

Dans ma tête, me voila déjà en possession de 10 à 30 litres d´ambroisie. Dans mes mains, 1 bon  sac plastique bien volumineux. (Hélène : On s´en fout c´est la mule qui porte !)

 2/ Comment transformer un sac débordant de fleurs jaunes en de l´ambroisie ?

 -          Sécher comme on peut les fleurs pour ne pas qu´elles moisissent dans le sac à dos (Hélène : donc pendant les semaines suivantes ça sent le genépi un peu (trop ?) fort dans nos chambres d´hôtel ou Jérôme déballe tous les soirs le précieux joyau)

-          Valider la découverte du 3e millénaire sur Internet et auprès des locaux. Les boliviens l´utilise en infusion pour guérir tous les troubles de l´appareil respiratoire 

-          Trouver la recette de préparation 

-          Acheter les ingrédients pour essayer 2 préparations différentes. Une avec un bon pisco, du miel et des brins de genépi bien entendu. L ´autre avec Cachaça et sucre brut 

-          Couper les fleurs des branches : 3h de travail pour le transport et empaqueter la fleur précieuse (Hélène : on bricole un magnifique écrin pour nos fleurs : une veille boite de Pringles…c´est ça la poésie du 21e siècle !) pour l´envoyer à mon frère qui stockera la marchandise jusqu à mon retour. 

-          Préparer les potions magiques 

-          Se trimbaler 6 litres de boisson + 2 kilos de fleurs pendant 4 semaines dans un sac qui déjà chargé à 22 kilos (pas de commentaire d´Hélène. Je porte en silence) 

-          Trouver des bouteilles en verre décentes pour faire un cadeau à une amie qui m´invite 2 semaines dans un très beau domaine de montage au Chili 

-          Goûter toutes les 2 semaines la préparation 

-          Finaliser le tout : le 1er Genépi des Andes  

 3/ La chute et l´envol. Résultat des courses. 

-          Les 2 litres avec le pisco et le miel sont bons. Très bons. Doux mais fort, floral. Ca chauffe. Certains diront traîtres, je dis parfait. La cachaça au genépi est moyenne. Très moyenne. Fin dans une cuvette de WC pour cette tentative. 

-          1 tournée de Génépi dans le salar de Uyuni avec une bonne équipe de Frenchies 

-          1 bouteille offerte à Sol et bue à moitié sur le champ 

-          1 Jérôme dépité mais heureux qui s´ouvre un chemin de lumière dorée sur les trottoirs sombres de Mendoza. Traduction : le mec de la Douane voulait un certificat du ministère de l ´agriculture avant d´envoyer le tout  en Europe. Mes fleurs ne peuvent quitter le pays, mes rêves s´envolent, je marche et jette les fleurs devant moi dans la rue pendant 20 minutes.  

 

4/ les Nons sortis du néant 

Les petites emplettes faites à La Paz en Bolivie me feront goûter à l´amabilité des commerçants du coin. 

Jérôme avec un grand sourire et une voie suave :  «  Excusez-moi madame, est-ce que je peux vous poser 1 question ? » 

Réponse visuelle, tout en silence : les yeux se baissent vers le sol, le visage affiche un air méprisant et la tête bascule légèrement de droite à gauche. 

Ça y est. Je n´existe plus pour la grosse bonne femme en face de moi. 

Silence. 

C´était le NON le plus incroyable de ma vie….

 

 

 

Un petit aperçu..

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