14/ Le mercredi à Komakani…c’est le jour du mariage !

Publié le par Hélène

Et non ce n’est pas le dimanche à Bamako ! Pendant notre périple de 10 jours de marche dans le pays dogon, nous avons eu la chance d’assister à un mariage. Non pas animiste, mais protestant…mais quand même un peu arrangé à la sauce africaine !
Cela commence donc par une cérémonie dans le temple (en fait un grand hangar, dont les bancs sont des troncs d’arbre coupés en 2 dans la longueur et posés sur des pierres) : il y a des chants, des danses,…c’est un peu plus gai que les messes chez nous….mais qu’est-ce que c’est long ! 1heure et demi, j’ai du lutter contre le sommeil…
Et puis il fait chaud…d’ailleurs plusieurs fois dans la cérémonie, une jeune femme essuiera le visage du marié, puis de la mariée, puis du témoin et de la témoin pour enlever la sueur. Toujours dans le même ordre, et toujours avec la même serviette. Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que perso je n’aimerais pas qu’on m’essuie le visage après y avoir mis toute la sueur des autres !
Et la mariée alors ? Elle est en blanc, mais en fait c’est plutôt un grand boubou informe plutôt qu’une robe. Et on a beau nous dire que c’est un mariage d’amour et non arrangé comme la plupart ici, on a du mal à y croire en voyant sa tête : elle fait une gueule jusque par terre et ne lâchera pas un sourire de la cérémonie.
Le mari, lui, est aussi habillé dans un boubou blanc, mais un peu plus seyant, et a l’air un peu (mais juste un peu) plus décontract’…
Quant aux invités, ils sont habillés dans leurs tenues de tous les jours, c'est-à-dire boubous colorés, pagnes, et beaucoup de T-shirts sponsorisés par l’église : on en voit plein ici, car l’église, protestante et catholique, est assez présente dans le pays dogon. Il y a 2 ou 3 modèles de T-shirts différents, correspondants aux fêtes. L’un d’entre eux proclame en grand «  Joyeux Paque » ;-)

A la fin de la cérémonie, au lieu d’attendre les mariés à la sortie, tout le monde sort, se met à chanter, et forme un cortège pour accompagner les nouveaux mariés jusque chez eux. Raconté comme ça, ça n’est pas très impressionnant, mais quand même : le village est accroché à la falaise, le temple est plutôt en bas, et tout le monde remonte donc jusqu’à la maison des mariés via des « escaliers » de pierre, en sautant de rocher en rocher pour toujours précéder les mariés.
Le marié d’abord, accompagné de son témoin qui porte un parapluie ouvert pour le protéger du soleil. Puis la mariée, sa témoin avec également un parapluie, et d’autres femmes qui tiennent des serviettes (dont d’ailleurs celle qui a servi à essuyer la sueur de tout ce petit monde pendant la cérémonie) pour cacher le visage de la mariée.
Soit dit en passant les parapluies ne servent strictement à rien car ils font de l’ombre aux témoins qui les portent mais pas du tout aux mariés qui grillent sous le soleil !


Ensuite c’est l’heure du repas : les hommes et le marié dans une maison. Les femmes et la mariée dans une autre maison. Qu’est-ce qu’on boit et qu’est-ce qu’on mange ? La même chose que tous les jours dans le pays dogon : de l’eau dans des espèces de mugs en plastique dans lesquelles tout le monde boit, et du tô : une pâte de mil pilé avec une sauce au poisson séché et aux feuilles de baobab qui lui donne une consistance visqueuse : un peu comme le blob (pour ceux qui ont une culture cinématographique large !). Perso je trouve ça dégueulasse, mais Jérôme aime beaucoup. Moi rien que l’odeur me donne envie de vomir…

Puis c’est la danse ! Pas de valse, ni de rock. Quelques musiciens jouent des airs traditionnels, les gens chantent. Les femmes se mettent à la queue leu leu, marchent en rythme en effectuant quelques pas de danses plus compliqués, et c’est un peu comme le serpent qui se mord la queue. Les hommes font la même chose entre eux et leur cercle entoure celui des femmes.
Cela a lieu sur la « place » du village, un endroit à peu près plat où il faut quand même composer avec les rochers qui pavent le sol, et le sable qui vole sous les pas des danseurs.


Ceux qui sont fatigués se mettent autour des cercles et regardent. Ils rigolent pas mal aussi en nous voyant Jérôme et moi danser avec les autres : surtout moi, qui malgré les cours de danse africaine avec Lolita à Paris, ait un peu de mal à suivre les pas…
Ici pas de liste de mariage : chacun vient déposer son cadeau, en fonction de l’importance de ses moyens, au milieu du cercle devant tout le monde : savon, plat en calebasse, natte en paille, enfin bref tout ce qui pourra être utile aux jeunes mariés dans leur nouveau foyer, ou de l’argent. Il est très important que chacun dépose un cadeau : ce n’est pas un cadeau par couple ou famille, c’est un par personne ! Et chaque fois qu’une personne dépose son cadeau au centre du cercle, le pasteur, qui veille sur la remise des cadeaux, la pschitte sur l’épaule avec une bombe que ne n’ai pas réussi à identifier : déodorant, insecticide ? En tous cas nous avons été pschittés !

J’avoue ne pas connaître exactement ce qui se passe ensuite. J’imagine que c’est la nuit de noces…la femme y arrive encore vierge. Par contre pour elle pas trop de plaisir au cours de sa vie sexuelle, car elles sont toutes excisées. Et si pour les hommes, tous circoncis, la tradition a un peu évolué et l’opération se déroule désormais en clinique (avant c’était le forgeron du village qui la pratiquait !), pour les femmes c’est encore une veille grand-mère du village qui pratique l’opération (ou plutôt devrais-je dire la mutilation !). Autant vous dire que les conditions d’hygiène sont loin d’être optimales. Certaines ont ensuite des problèmes au moment d’accoucher, certaines en meurent même. Le gouvernement malien tente de lutter contre cette tradition, mais ce n’est pas facile, et les mentalités dures à changer. J’ai tenté d’aborder le sujet avec certains hommes (malheureusement les seuls suffisamment éduqués pour parler français sont les hommes), mais la notion de plaisir féminin ne les effleure même pas, et épouser une femme non excisée serait une honte. Il y a une vraie méconnaissance car l’un d’entre eux m’a dit qu’il ne pourrait pas épouser une femme non excisée car il ne supporterait pas que sa femme fasse pipi debout comme un homme…il serait la risée du village ! Ca pourrait presque être drôle mais ça ne l’est pas…

Publié dans Afrique

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Isabelle 03/07/2007 16:02

Coucou!!!
Je m'attendais vraiment à voir des photos de Jerôme et Hélène mettre en pratique tous les cours de danse africaine durant le mariage mais bon le prochain peut être :)
Ca faisait un moment que je ne mettais pas connectée et vraiment je trouve vos articles de plus en plus SUPER. A part celui où Jerome défend la cause des hommes africains.... Attention il risque d'y prendre goût ;)
Vous me manquez énormément!!
PS : ramenez quelques mangues vous m'avez trop donné envie!
Gros bisou
ISabelle

olivia 17/06/2007 15:43

Coucou LN et Jérôme !!
Juste un petit coucou pour vous dire qu'on pense bien à vous ! 
Vous avez retrouvé Richard et Céline ?  racontez-nous ...on a hâte !
Big bisous
Olive et Pierrot